1.2 Une pédagogie moins scolaire et plus professionnelle
1.2.1 Conception des modules de formation par l’intermédiaire de formateurs professionnels
Les formations en ligne génèrent une situation de formation plus complexe qui exige des compétences accrues dans différents champs de compétences. Quelles évolutions l’«e-formation[1]» entraîne-t-elle dans la façon d'enseigner ? Etudions de manière plus détaillée les principales situations professionnelles auxquelles l’« e-tuteur[2]» est confronté.
L’e-tuteur : un « facilitateur », un médiateur
Pour Henri Samier, le formateur se transforme « en facilitateur d’un processus de formation centré sur l’apprenant en collaboration avec les autres enseignés et professeurs[3]». Cette notion de partage du savoir entre les enseignants et les apprenants ainsi que la recherche de collaboration au sein du groupe mènent à une relation plus horizontale : l’apprenant devient plus actif et le groupe prend de l’importance. Jérome Maillot, chargé d’étude à L’Observatoire de l’Evolution des Pratiques de Formation, indique que « le formateur sert avant tout à entretenir la motivation des apprenants, à les encourager, à communiquer et souvent à leur rappeler que leur rôle par rapport au processus d’apprentissage est actif et non pas uniquement réceptif[4]». Cette forme épurée du tutorat entraîne une relation nouvelle entre enseignants et apprenants. L’e-formation débouche sur un abandon du transfert vertical de connaissances du formateur vers le formé : l’enseignant n’est plus celui qui transmet un savoir formel que les apprenants restituent le plus fidèlement possible. Son rôle consiste bien plus à gérer un nouvel espace de concertation, de conseil et de collaboration. « L’apprentissage est un processus social. Il appartient au tuteur de restaurer cet aspect social, perdu avec la relation de face-à-face, en établissant un lien de confiance avec l’apprenant. Il lui faut rompre le sentiment d’isolement de l’apprenant, susciter les échanges et le travail de groupe. Le tuteur doit développer, chez les participants, le sentiment d’appartenance à une communauté d’apprenants[5]» défend Caroline de Metz du Centre Inffo.
L’e-tuteur : un animateur
En situation de formation à distance, le formateur joue pleinement son rôle d’animateur. Il s’oblige à une plus grande rigueur dans sa démarche pédagogique : pour capter l’attention, il construit une dynamique en aménageant des temps d’échange, des temps d’écoute, des temps de pause, tout en faisant intervenir les apprenants le plus souvent possible. Anne-Marie Husson, formatrice et membre d'une cellule de veille sur les Nouvelles Technologies Educatives insiste sur ce devoir d’animation et de motivation, susceptibles de lever les inhibitions éventuelles de la part des apprenants : « Le formateur doit, par son engagement et ses capacités relationnelles, susciter les interventions, donner envie aux gens de travailler en créant une dynamique de groupe virtuel. J'estime que la démarche est aboutie à partir du moment où les membres osent poser des questions à la communauté, sans crainte de montrer qu'ils n'ont pas compris, ce qui est très rare en formation traditionnelle[6]».
L’e-tuteur : un guide
En situation de formation à distance, l’e-formateur devient un véritable « navigateur de savoir » qui aide et accompagne les apprenants dans leur démarche d’apprentissage et dans leur appropriation des connaissances. Il doit leur proposer une appropriation des outils nécessaires pour analyser, comprendre et résoudre des problèmes ou des situations. « La mission du formateur en ligne n'est plus de mettre simplement du savoir à disposition, mais de veiller à ce qu'il soit assimilé et transformé en compétences, en créant un environnement favorable aux processus d'apprentissage[7] » rappelle Monsieur Agostinelli.
L’e-tuteur : un bâtisseur de cours en ligne
« Penser système, travailler à plusieurs et maîtriser les caractéristiques techniques indispensables à la conception, voilà résumées les compétences spécifiques attendues du e-concepteur[8]». Voici, selon Sandra Bellier, la définition du rôle de l’e-tuteur lorsqu’il s’attache à la création de contenus. En formation traditionnelle, le concepteur de contenu et le formateur sont le plus souvent une seule et même personne. Toutefois, la conception de contenus en ligne nécessitera, le plus souvent, l’intervention de personnes tierces car elle relève d’une expertise pointue. Dans ce cas, un dialogue doit s’instaurer entre le formateur et le concepteur de contenus. Jérome Maillot nous éclaire aussi sur les spécificités de cette fonction : «Le concepteur de contenu doit anticiper tous les écueils que les apprenants vont rencontrer». Le contenu de formation doit donc être intégralement mis à plat. De plus, pour le rendre exploitable, le formateur doit faire un réel effort de schématisation afin que les informaticiens modélisent facilement les éléments qui leur seront transmis dans le cahier des charges. « Lorsque le formateur participe à la conception du contenu de e-formation, il doit veiller à ne rien omettre, sachant qu’il ne pourra pas ajuster son discours comme il le ferait lors d’une formation présentielle. Il doit alors procéder à un véritable travail de formalisation du contenu et s’attacher à anticiper les questionnements des apprenants pour étoffer le contenu du cours et tendre vers l’exhaustivité[9]».
L'e-tuteur : un technicien
L’appropriation de la plate forme technologique, la capacité à réagir aux incidents techniques et à gérer plusieurs types de matériels multimédias constitue un préalable indispensable à la fonction de télé tuteur. Il paraît donc indispensable qu’il possède un minimum de connaissances sur les NTIC, afin de savoir quels sont les outils à utiliser et quelles sont les limites imposées par la technique. « Certains formateurs apprennent à programmer pour être en mesure d’apporter des modifications dans une page de contenu, sans avoir à attendre que l’équipe d’informaticiens ait le temps d’intervenir, ce qui pourrait entraîner un décalage préjudiciable au bon déroulement de la formation»[10] rappelle Caroline de Metz. De même, la prolifération des outils sur le marché de la formation à distance le contraint à se tenir informé en permanence sur les derniers outils disponibles ; Henri Samier[11] fait justement remarquer que « cette activité peut être comparée à de la veille technologique et ne fait pas traditionnellement partie des attributions des formateurs ».
[1] Formation à distance est le terme anglophone pour e-formation, dans cette étude, les deux termes seront alors similaires.
[2] E-tuteur d’après www.ledico.net: Formateur intervenant dans une session d'enseignement à distance, typiquement depuis un centre distant où il supervise les cursus des élèves.
[3] SAMIER HENRI – « – L'université virtuelle », Les cahiers du numérique, Hermes Sciences éducations – Volume 1 – n° 2 – 2000
[4] MAILLOT Jérome « Internet, nouveaux horizons pour la formation », Centre Inffo, septembre 2001
[5] De METZ Caroline « Internet ; Nouveaux horizons pour la formation opinions des formateurs et des formés », Centre Inffo, Sept. 2001
[6] La e-formation pose problème aux enseignants, pas au élèves », La Tribune, 16/05/2001
[7] Son ouvrage de référence: «Comment penser la communication des connaissances ? Du CD-ROM à l'Internet» 1999.
[8] BELLIER Sandra « Le e-learning », Collection Entreprises et Carrières, Editions Liaisons, 2001
[9] MAILLOT Jérome « Internet, nouveaux horizons pour la formation », Centre Inffo, septembre 2001
[10] De METZ Caroline « Internet ; Nouveaux horizons pour la formation opinions des formateurs et des formés », Sept. 2001.
[11] SAMIER Henri « L'Université Virtuelle», Hermès Sciences Education, Volume 1, n° 2, 2000.
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